Pourquoi voyager ? En voilà une bonne question ! Cela fait plus de 3 mois que je voyage en Asie. Trois mois loin de mon confort, loin de mes proches, loin de mes habitudes. Certains diront que 3 mois ce n’est rien. D’autres que c’est une éternité.
On me décrivait souvent comme peureuse ou « chochotte », le genre de fille qui hurle quand elle voit une petite araignée. Maintenant on dit de moi que je suis brave, courageuse. Je me lave dans des endroits plus que douteux, à l’eau glacée bien souvent, et accompagnée d’insectes assez rarement tout de même.
Mais elles ont fini par arriver les interrogations … Est-ce que je suis à ma place ? Pourquoi je voyage au juste ? Est-ce que c’est vraiment ce que je veux ? C’est l »heure d’une introspection on dirait bien.
Voyager pour découvrir les autres ?
C’était très clairement de loin l’un de mes objectifs, je t’en parlais ici. Je voulais faire du couchsurfing, du volontariat, être au plus proche de la population locale. Mais comme bien souvent, les choses ne se déroulent pas comme on l’imaginait. Je n’ai pas fait une seule fois du couchsurfing (notamment parce que je n’ai pas eu de réponses positives …) et je cumule « seulement » un mois de volontariat sur trois (en l’écrivant je me rends compte que c’est quand même déjà ça).
Même si j’ai passé beaucoup (trop) de temps en auberge, j’ai rencontré des gens formidables. Est-ce que je m’attendais à être confrontée à la pauvreté en permanence ? Oui. Est-ce que tous mes préjugés ont été balayés d’un revers de la main ? Oui. Car comme dans le reste du monde, l’Asie est hétéroclite et les classes sociales se mélangent. J’ai traîné dans les beaux quartiers de Bangalore, perdu l’usage de la parole devant des enfants d’une pauvreté extrême à Pushkar et lié des amitiés avec des Indiens de toutes classes sociales.
Si j’ai choisi de partir seule ce n’est pas parce que je n’avais personne pour m’accompagner (même si c’est un fait). Je voulais sortir de ma zone de confort, m’obliger à aller vers l’inconnu. On a tendance quand on cherche une information à demander directement à notre très cher ami Google. Mais quand on est seul(e) la solitude pèse un peu quand même, alors on préfère le contact humain. Et ça change tout !

Et alors, contente d’avoir fait un plongeon dans l’inconnu ?
Oh oui ! Je n’hésite plus à demander mon chemin dans la rue ou encore à vérifier auprès des passagers si je me trouve bien dans le bon bus. Même si des fois, et surtout en Thaïlande, mes questions restent sans réponses car je m’adresse à des personnes ne parlant pas anglais. Soit, c’est les risques du métier. Et l’occasion d’apprendre le thaï.
Je me suis rendue compte d’une chose : je suis une grande bavarde ! Disons qu’après des heures de silence sans parler à personne je deviens vite un vrai moulin à paroles (comment ça c’était déjà le cas ??). Je pense que voyager m’a débarrassé définitivement de ma timidité. Je n’ai plus peur d’aller vers des étrangers pour partager quelques heures le temps d’une excursion ou d’un repas.
Mais j’ai surtout constaté que les êtres humains sont BONS. Et oui les amis, la bonté existe encore ! Il y a toujours eu quelqu’un pour m’aider, et cela fut une agréable surprise. Que ce soit les locaux pour m’accompagner à l’arrêt de bus et attendre avec moi 30 minutes pour être sûre que je ne me trompe pas ou encore ces voyageuses m’ayant apporté du sprite alors que j’étais clouée au lit avec une intoxication alimentaire (je suis d’ailleurs convaincue qu’elles m’ont sauvées la vie !).
Voyager pour se découvrir ?
J’en ai appris énormément sur moi-même. Oui quand on a que soit à qui parler, on développe une autre relation avec son moi intérieur. J’ai découvert que je n’avais pas à avoir peur. Comme dirait Anna, cette dame de 77 ans rencontrée à Bodhi Zendo (le centre de méditation où j’ai découvert les pouvoirs de la méditation zen), je devais même être fearless : intrépide. Alors j’ai tenu un énorme serpent, fait du parapente, pris des bus de nuits quand tout le monde me disait « noooon mais c’est super dangereux », et ce n’est pas fini !
Voyager seule permet d’être plus sûre de soi et d’être bienveillante envers soi-même. Je choisis où je veux dormir, où je veux manger, ma prochaine destination. Bref je suis totalement libre de mes mouvements. Et on y prend goût ! Il n’y a plus de place pour les « je ne sais pas, comme tu veux » quand on me pose une question. maintenant JE SAIS.
Ce voyage et ce temps pour moi m’ont permis de découvrir ce que je voulais faire de ma vie et de commencer à élaborer un projet. Un projet de vie pour moi et pour ma ville natale. Car oui maintenant j’en suis sûre, je veux faire en sorte d’améliorer un peu ce monde. Peut-être trouveras-tu ça utopique et dérisoire, mais pour moi c’est devenu ma raison d’être. Ah oui et je suis beaucoup plus spirituelle, mais ça tu as dû le remarquer 😉

Partir pour mieux revenir ?
Alors là je vais te parler de quelque chose de très personnel. L’année 2017 a été mouvementée pour moi. Déception(s) amoureuse(s), démission, dépression. La seule chose qui m’a fait tenir c’était l’idée de ce voyage, et de laisser tous mes problèmes derrière moi. Avant de partir j’ai suivi pendant plusieurs mois une thérapie par l’hypnose pour soigner mes blessures. Et heureusement ! Je pense aujourd’hui que partir pour fuir n’est pas la solution. Partir avec l’esprit clair permet de profiter de chaque instant sans se demander ce qu’on cherche à fuir.
J’ai rencontré pas mal de voyageurs et voyageuses. Et j’ai eu cette impression que nous cherchions tous quelque chose. Mais quoi exactement ? Que ce soit pour fuir, une envie d’ailleurs ou une recherche spirituelle, partir à l’autre bout du monde était notre solution. Et pour la plupart, nous n’avions aucune envie de rentrer.
Seulement voilà, ce n’est plus ce dont j’ai besoin là maintenant. Moi qui voulais partir des années sans date de retour, j’ai fini par choisir une date. Parce qu’autant j’adore voyager, autant ma vie me manque et je suis impatiente de la retrouver. Est-ce que ça veut dire que je ne voyagerais plus jamais ? Bien sûr que non, j’ai d’ailleurs pas mal de projets sur le feu. Mais j’ai besoin d’avoir cet endroit qu’on appelle maison.
Alors après mon retour en France dans deux mois une chose est sûre : je continuerai à voyager. Mais plus aussi longtemps. Car j’ai trouvé ici les réponses à mes questions. Je ne les ai pas trouvées parce que je suis à l’autre bout du monde. Je les ai trouvées car j’étais seule pour y réfléchir.